Toutoune un jour, toutoune toujours

L’autre jour, je discutais avec une amie. Une belle femme, rayonnante, pleine de vitalité, qui fait attention à son apparence et à son alimentation. Elle m’avouait, à ma grande surprise, qu’elle avait souffert d’embonpoint dans son jeune temps. Jamais je n’aurais cru cela possible. Elle me racontait, avec un brin d’émotion, avoir subi des moqueries et vécu des situations désolantes.

J’étais plus qu’empathique à son histoire car j’ai eu un cheminement semblable. Dans ma jeunesse, j’avais également un problème de poids, et je suis encore du genre à toujours avoir des kilos en trop. J’ai souffert de la déprime post-magasinage, quand après avoir fait toutes les boutiques et essayé tout le linge à ma disposition, je rentrais bredouille à la maison puisque rien ne me faisait. Par chance, à mon époque, la mode était inexistante. Je pouvais ainsi m’accommoder d’un chandail en coton ouaté du « Au coton », sans paraitre d’une extra-terrestre. Je n’ose pas imaginer les jeunes d’aujourd’hui qui à 12 ans sont déjà des cartes de mode. Celles qui sortent des cadres établis par les chaines de vêtements commerciales, où les grandeurs des morceaux se situent entre 00 et 8, ne doivent pas avoir l’estime de soi au plafond.

À l’école, j’ai été traumatisée par les exercices où il fallait se porter (de peur d’écraser mes amis) ou mesurer notre tour de taille devant tout le monde. Je faisais des cauchemars la veille des fameux bilans de santé annuels en cours de gym (vous vous souvenez, ils mesuraient notre cardio, souplesse, force musculaire, agilité, poids et taux de gras?). La honte de se faire dire face à une gang d’ados que selon les résultats, on se situe dans la catégorie obèse. Par chance, j’étais sportive. Ça m’a permis de ne pas devenir la rejet de l’école!

Des blessures comme celles-là, si anodines peuvent-elles paraitre aujourd’hui, perdurent au fil des ans. Les petites moqueries dont on n’était victime à la petite école, sur notre poids (ou toute autre chose), restent gravées en nous. La preuve, je m’en rappelle encore comme si c’était hier.

Nous, les toutounes ou ex-toutounes, notre poids demeure toujours en arrière-pensée et nous gardons un rapport à la nourriture particulier. Trop souvent, notre défaut est que nous nous réconfortons dans la bouffe, y célébrons nos victoires et y engloutissons nos chagrins.

Et puis rien pour aider, je suis gourmande! J’ai été élevée dans une famille de gros mangeurs. Ma mère avait dû manquer de tout dans sa vie. Elle s’est rattrapée sur nous puisqu’au contraire d’elle, nous n’avons jamais manqué de rien. Grosses portions, avec toujours des desserts, de la liqueur, les garde-mangers pleins de biscuits et de croustilles. Elle avait peur qu’on meure de faim. Elle avait la phobie de manquer de nourriture aussi : un gros frigo, un congélateur et une chambre froide, armoires toutes pleines à craquer. En cas de séismes catastrophiques, nous étions prêts! L’intention était bonne, mais la conséquence est que j’ai acquis de mauvaises habitudes alimentaires.

Jusqu’à 25 ans, je me trouvais grosse (aujourd’hui, je me considère comme enveloppée, c’est donc une évolution). Je n’aime toujours pas magasiner, j’ai encore de la difficulté à dénicher du linge dans lequel je me trouve belle. C’est dommage d’en être encore là à 30 ans! Par chance, mes complexes diminuent, mais je ne peux pas me considérer comme entièrement épanouie, en tentant constamment de cacher mes petites poignées d’amour. Que voulez-vous, on nous martèle depuis des années que le surplus de poids, ce n’est pas beau. Alors, comment s’en sortir?

Ce mois-ci, le magazine Elle Québec sort un spécial « hors standards », en mettant en vedette les vieilles, les rondes, les métissées, etc. La photo en couverture a déjà fait beaucoup jaser. On y voit une superbe femme aux cuisses dodues. C’est la première fois depuis 1997 que ce magazine met une femme de taille 14 en première page. Espérons que cette occasion nous permettra de faire un petit bilan de nos standards de beauté. Enfin!

Marie-Chèvre

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5 réflexions sur “Toutoune un jour, toutoune toujours

  1. Merci pour ce beau témoignage touchant qui libère les mémoires et nous enseignent à vivre de plus en plus dans l’être en nous éloignant du paraître.

  2. J’ai adoré te lire. Tu as raison, on a toutes des petites ou grandes choses que l’on aiment pas chez nous. Je vieillis, ça tombe un peu. Je trouve pas ça drôle, oui il y des excercices à faire, bouger plus. Gym hmm non. Je danse une fois semaine et j’aime ça. Se maintenir en forme physiquement est très bien mais se tenir en forme mentalement en encore mieux.. Et un et deux et trois.. Et cha cha cha. 😍

  3. Assez paradoxal de qualifier les tailles 14+ comme « hors-stadards » alors que me paraîssent bien plus « hors-standard » les minceurs extrêmes qu’on nous présente continuellement dans les magazines, comme si elles représentaient la norme. Heureusement, les spécialistes tendent de plus en plus à mettre l’emphase sur l’activité physique plutôt que sur la perte de poids (je connais bien des piquet qui ne me suivraient pas dans mes activités!). Bravo pour ce magnifique article et sa pertinence!

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