Kleenex et Häagen-Dazs

Mi-février, les yeux encore collés, je savoure mon premier café au travail avant de dépoussiérer ma boîte courriel. J’en profite pour lire Lagacé dans la Presse avant d’entamer ma journée. Encore une fois, je tombe sur un texte  qui m’accroche. Je ne suis visiblement pas la seule en voyant le chiffre à côté du petit F bleu en bas de page…

Les amours jetables, c’est un condensé de tout ce qui me vient à l’esprit quand je pense au piteux état des relations personnelles d’aujourd’hui, à l’ère où le 2.0 a pris le dessus sur la plume fontaine, le papier à lettres et le bon vieux téléphone. On magasine ses relations comme des maillots de bain en solde, on est boulimique d’info rapide comme si on s’enfilait 5 pots d’Häagen-Dazs un soir de déprime, la lecture de statuts Facebook sans intérêt fait partie de notre quotidien. Et c’est sans compter les check-in et autres instantanéités qui prennent le dessus sur les valeurs essentielles de notre société comme l’entraide, le partage, et l’ouverture envers autrui.

Je suis loin d’être celle qui fait des cupcakes le dimanche matin pour en faire la distribution dans tout le quartier,  je ne parle plus des heures au téléphone comme je le faisais les soirs de semaine au secondaire avec mes amies. Je me muscle les doigts en textant, tout en gazouillant, bien que ça m’étourdisse après 1 heure. Je ne m’enferme pas dans une fausse bulle de réconfort : les mirages de bonheur sur le web, je commence à m’en lasser et je suis loin d’être dupe. J’ai plus de plaisir à parler à un homme qui se promène dans ma rue avec son vieux caniche fripé à la recherche de bouteilles vides que d’essayer de comprendre l’engouement des gens pour Angry Birds ou Candy Crush. Bref, les contacts humains authentiques et durables m’apparaîssent en voie d’extinction.

Je suis avec le même bouc depuis 6 ans et je me sens parfois comme une extra-terrestre. Lors de notre rencontre, j’étais certaine qu’on n’était pas fait l’un pour l’autre, parce que si différents en apparence. Lui, contaminé par le mautadit virus typiquement mâle de la peur de l’engagement, moi impulsive et impatiente. J’aurais pu jeter l’éponge, à défaut d’avoir l’homme des mes rêves en claquant des doigts. Je l’ai attendu, ce bouc, et je n’ai jamais été déçue après ces six années ponctuées de grands hauts, de quelques bas, et de beaucoup d’écoute et d’ouverture envers l’autre. Parce que le plus difficile selon moi, c’est de faire le deuil du conte de fées qu’on se fait marteler depuis notre enfance et de faire l’effort d’entretenir nos relations. Avec l’engouement pour l’instantanéité, ce nouvel opium du peuple, c’est pas mal plus simple de passer à un autre appel quand le modèle ne nous convient pas. Et c’est ce qui me laisse le plus perplexe dans tout ça.

Chèvre-Laine

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