Port Michel

Quelques années avant ma naissance, mes parents ont acheté un terrain au bord de l’Ougoué, au Gabon,  afin d’y construire un camp de pêche. Mon père et ma mère avaient décidé de se lancer dans l’incroyable projet de construire Port Michel : un centre de pêche sportive en pleine brousse africaine.

L’idée était simple : attirer des amateurs de pêche pour leur faire prendre les plus gros poissons du territoire.

Au fil des années , Michelle et Michel se sont bâtis une solide réputation. Grâce à la taille des tarpons qu’ils faisaient  prendre à leurs clients à bord du Yondi Yondo, mais aussi pour  leur hospitalité.

Certains clients arrivaient d’aussi loin que la Floride pour passer une semaine ou deux chez nous. Port Michel c’était LE lieu au Gabon pour les pêcheurs.

Et même si les gens payaient pour leurs passages, il y régnait toujours une ambiance décontractée. Ce n’était pas des clients que mes parents recevaient, mais des amis.

Port Michel n’avait rien d’un complexe hôtelier. Le camp se résumait à  une salle de réception entourée de 4 bungalows en paillotte pouvant accueillir quelques clients à la fois. Aucun service aux chambres et l’ électricité arrivait par un groupe électrogène.

J’y ai passé une bonne partie de mon enfance, avant d’intégrer la « civilisation » pour de bon en commençant la maternelle. Je vivais en ville la semaine et passais les week-ends au campement avec mes parents et ma sœur.

elsapapaChaque lundi,  j’arrivais dans ma classe et demandais l’attention de mes camarades, car j’avais des histoires à leur raconter. C’est vrai que ma  vie était plutôt trépidante pour une gamine de 5 ans. Vivre en pleine brousse,  la vraie brousse africaine, loin de toute civilisation, entourée d’animaux sauvages.

C’est fou comme de  nombreux souvenirs resurgissent en écrivant ce texte : les tarpons tout juste sortis de l’eau que mon père pesaient fièrement, m’endormir sur les genoux de ma mère en écoutant les conversations des grands, les éléphants qui venaient sur le campement la nuit déraciner les manguiers, François notre cuisinier africain et sa femme Alice, les records du monde établis (un tarpon pesant jusqu’à 115 kilos!), Tsamba  notre chien à 3 pattes (sa patte est restée coincée plusieurs jours dans un piège et il avait du être amputé), accompagner mon père la nuit lorsqu’il attrapait des bébés crocodiles pour ensuite les relâcher dans un étang plus loin afin qu’ils échappent aux braconniers.

 Je sais, ça peut sembler extraordinaire mais c’était mon quotidien.

Dans mes souvenirs de petite fille, Port Michel était un lieu idyllique, un endroit magique où le temps s’était arrêté et où il faisait bon vivre. Les soucis n’existaient point.

Lorsque mes parents ont vendu Port Michel, j’ai vécu  mon premier deuil de l’Afrique. Le second a été à 11 ans, lorsque nous sommes partis définitivement du Gabon.elsapoisson

 À l’époque, je leur en ai terriblement voulu. Voulu de nous avoir arraché à ce que nous connaissions pour nous transporter dans l’univers complètement opposé du Québec.

Aujourd’hui, Port Michel n’existe plus, mais Ozouri, sa lagune et sa plaine sont encore là. Je me suis toujours dit qu’un jour, je retournerai en Afrique. Et il est certain que je ne repartirai pas du Gabon sans être allée faire un tour sur les lieux marquants de mon enfance .

En repensant à cette époque, je suis nostalgique mais je prends également conscience à quel point j’ai été chanceuse. Mes parents nous ont offert, à ma sœur et à moi, le plus beau des cadeaux : celui de vivre une enfance insolite, dans un lieu féérique, entourées de gens gentils et attentionnés.

Ce n’est pas une enfance comme les autres, certes, mais c’était la mienne.

Miss Biquette

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3 réflexions sur “Port Michel

  1. Michelle et Michel : je crois me souvenir de vous mais je voudrais vérifier. Je suis venu en décembre 1992. On avait été faire un tour en bateau sur la houle de l’Ogoue sur l’Atlantique. C’était impressionant et inoubliable.
    Alors pouvez-vous me répondre pour vérifier que c’était vous Michel en 1992, avec une peruche sur l’épaule ?
    Merci d’avance de votre petit mail.

  2. Bonjour, j’ai travaillé avec Michel à Port Gentil puis je l’ai suivi dans la construction de Port Michel avec Michelle et je vous ai vu grandir avant votre départ au Canada. Grand conteur, nous avons passé de bonnes soirées ensemble avec également Jean Pierre Diey. Des nouvelles me feraient plaisir. Robert Courdesses: robclo@orange.fr

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