Ainsi va la vie qui va

On se définit tous en grande partie par ce que l’on fait dans la vie. Même si l’adage dit que l’important est de réussir sa vie et non de réussir dans la vie, notre travail est l’un des pivots de notre quotidien. On passe au moins 35 heures par semaine avec les collègues avec qui naissent parfois des amitiés, on s’investit dans des projets où l’on ne compte parfois plus les heures, l’investissement de son temps et de son coeur. Bref, on y croit. Mais quand on perd notre gagne-pain, les réactions sont  diamétralement opposées chez l’un ou chez l’autre. Cas vécu il y a à peine 48 heures.

Après avoir travaillé 10 ans pour la même compagnie, mon bouc a perdu son emploi lundi matin. En fait, l’entreprise fermera ses portes à la mi-janvier. C’est un dur coup pour certains, tandis que c’est une occasion d’aller de l’avant pour d’autres. Mon homme fait partie du deuxième clan.

J’ai la chance (unique) de partager ma vie avec un éternel optimiste, un homme qui voit la vie en rose fluo et qui, aux yeux de certains, vit parfois au pays des fées et des licornes. En fait, il ne se laisse pas abattre facilement. Je pense à quelques petites choses qui le mettent hors de lui (une enième paire de talons hauts à l’entrée par exemple!), mais rien pour le fragiliser ou le faire paniquer. La zénitude et la pensée cool, ça semble être dans ses gènes acadiens.

En fait, c’est lui qui a dû me rassurer lundi matin lorsqu’il m’a annoncé la nouvelle. J’avais déjà mon manteau sur les épaules, m’apprêtant à retourner à la maison pour aller le soutenir suite à l’annonce générale ayant eu lieu en matinée. Or, il était tout feu tout flamme de me dire qu’il allait s’entraîner, puis nager à la piscine le temps de quelques longueurs, pour ensuite aller chercher un filet mignon et une bouteille de vin pour souper, ou devrais-je dire pour célébrer le début d’un temps nouveau. Comme on dit pas l’temps d’niaiser!

Si j’avais été à sa place, j’aurais sûrement mis du Isabelle Boulay à plein volume en mangeant une boîte de Whippet au complet pour faire passer mon stress. Pourtant en matière de recherche d’emploi, je m’y connais! Malgré tout, je n’arriverais pas à adopter une attitude complètement rationnelle face à la situation. Je suis une émotive et c’est dans ces situations que je vois que mon homme et moi sommes différents. Nos différences sont par contre des complémentarités. Sa façon de voir le tout avec un grain de sel – c’est sa deuxième mise à pied en carrière – me nourrit et me faire voir les aléas de la vie avec un grain de sel.

En fait, une partie de moi est heureuse qu’il puisse aller de l’avant avec d’autres projets : mon bouc était jusqu’à lundi dans une zone de confort plus que moelleuse, une aisance incroyable dans son milieu professionnel. C’est un poisson qui nage à 200 km/heure dans son bol d’eau. Ses patrons, ses collègues, sa famille, tout le monde sait que ce passage à autre chose (un peu obligé) est en fait une occasion de sortir de son nid douillet et de plonger tête première dans l’inconnu qu’il saura apprivoiser de main de maître.

Mardi, le téléphone de mon homme n’a pas arrêté de dérougir. Moi qui pensais que l’ambiance aurait été morose voire pourrie au travail, il m’a dit avoir passé l’une des plus belles journées de sa carrière. Fournisseurs, contacts, hautes instances et amis lui ont déjà tendu la main pour qu’il se replace rapidement. Cette dose massive d’appréciation est le fruit de tout ce qu’il a semé durant toutes ces années. Pourtant,  ma bête cornue n’est pas pressée de retourner dans un train-train quotidien demain matin. Il pense déjà profiter de cette pause pour s’occuper de lui et se reposer, tout en prenant bien soin de débrancher le cadran qui sonnait à 5 h 07 tous les matins. Je lui en suis déjà…reconnaissante!

On inspire, on expire, on reste zen. Tout commence par une attitude gagnante. Parole de bouc.

Chèvre-Laine

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4 réflexions sur “Ainsi va la vie qui va

  1. Wow! J’adore ce merveilleux texte… et ça reflète bien ma réalité! Je suis touché que tu aies écrit sur ce sujet. Merci d’être toi! Ton bouc! xxx

  2. …. et ce texte, Chèvre-Laine, la composition est tout à fait sublime. Je découvre quelqu’un que je croyais connaître. J’aime ce regard que vous avez sur la vie! Je serai maintenant un assidu lecteur de ce blog.

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