La traversée entre la Jordanie et Israël

Le sujet a déjà fait couler beaucoup d’encre dans les guides touristiques et blogues ou récits dédiés aux voyages. Je parle de la traversée des douanes israéliennes, en provenance de Jordanie. Vous le savez désormais, j’arrive d’un séjour en terre jordanienne et la fameuse escale dans la ville de Jérusalem a été un long sujet de discussion, réflexion, organisation. Premièrement, il est difficile d’avoir l’heure juste sur la manière dont fonctionne le voyagement. Les locaux ou touristes rencontrés avaient tous des idées différentes sur la manière de s’y prendre. Nous avons essayé de trouver une information à jour sur la toile, ce qui n’était pas non plus évident.

Malgré toutes les histoires pas toujours drôles que nous avons lues ou entendues, nous nous sommes tout de même décidés à tenter l’expérience, sans trop savoir à quoi s’attendre, combien nous allions payer et combien de temps nous allions avoir besoin. Après tout, ce n’est pas tous les jours que nous visitons la région !

Je vais ici vous raconter comment s’est passée notre aventure jordano-israélienne, en date de mai 2012. À noter qu’il s’agit de notre propre expérience. Il se peut que vous ne viviez pas du tout le même traitement que nous avons subi, qu’il soit pire ou moins pire.

Tout d’abord, il existe 2 principales routes pour traverser de la Jordanie en Israël. Une au sud près d’Aqaba ainsi que le fameux King Hussein Bridge. Tout dépendant de votre intérêt, chacun des chemins peut être acceptable. Pour notre part, nous voulions seulement visiter Jérusalem en partance d’Amman. Le chemin le plus court était donc celui qui passe par le pont King Hussein (environ 75 km de distance, porte à porte). Nous préférions également voyager en Jordanie plutôt qu’en Israël pour éviter les zones militarisées israéliennes. Et qui plus est, il est plus dispendieux de voyager (par autobus ou voiture) du côté d’Israël. Mais ceci dit, la taxe de sortie que nous devons payer en revenant par le pont KH fait qu’en bout de ligne, les frais se ressemblent. Qui plus est, manquant d’informations sur le fonctionnement des bus en Israël, nous avons jugé plus simple d’éviter les routes moins touristiques.

Autre point important, il faut entrer et sortir par la même frontière, sinon vous devrez repayer votre visa jordanien (qui est d’environ 23 $ pour un mois).

Alors donc, comme je le mentionnais, la distance entre Amman et Jérusalem est relativement courte, mais ne pensez pas que le trajet se fait en aussi peu de temps. Il faut prévoir entre 2 et 6h (et voire plus) pour le voyagement complet. Cette frontière est tout d’abord la plus populaire, il peut donc y avoir beaucoup de temps d’attente. Ensuite, aucun système de transport en commun ne fait la ligne directe. Il faut mixer plusieurs moyens de transport pour y arriver.

Pour faire simple, il faut trouver le moyen de se rendre aux limites de la Jordanie, passer les douanes, ensuite prendre une navette qui transverse un espèce de no man’s land entre les deux pays, passer quelques points de contrôles militaires, débarquer aux douanes israéliennes et finalement prendre un autre autobus vers Jérusalem. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Étape 1 – Partir d’Amman

Quelques options s’offrent à vous : transport public, taxi ou covoiturage privé.

Nous avons décidé de prendre l’option 2, le taxi. Voici pourquoi : nous avons calculé le prix pour se rendre à la station de bus et les prix potentiels des billets d’autobus. À deux, nous avons opté pour investir quelques dinars supplémentaires pour prendre un taxi qui nous a transportés directement et simplement à destination. Moins de voyagement à Amman et plus rapide en finale. Alors, pour 20 dinars jordaniens (JD), vous rendre jusqu’à la limite jordanienne. Nous avons même demandé à l’hôtel de nous appeler un taxi, prénégocié à ce tarif qui est venu nous prendre à la porte. Il est bon de revérifier le prix avec le chauffeur avant de monter… vous savez ce que c’est !

Nous avons ensuite parcouru une quarantaine de kilomètres avant d’arriver à bon port : les douanes jordaniennes. Ne soyez pas surpris, quelques petits kilomètres avant d’arriver, il faut changer de taxi. Aucune idée pourquoi! Les routes étaient dans un sale état, bizarre pour une route sensée mener à la frontière.

Coût de l’étape : 20 JD

Étape 2 – Douane jordanienne

Ce n’est pas ici que vous aurez le plus de difficultés. Il s’agit de simples points de contrôle, bagages passés sous les rayons et paiement d’une taxe de sortie de 8 JD par personne. Ne soyez pas étonnés, ils prendront vos passeports et vous les rendront dans la navette.

Coût de l’étape : 8 JD par personne

Étape 3 – Navette

Les touristes ont droit à un superbe minibus 8 – 10 passagers avec sièges capitaines et tout le tralala. On paie plus cher pour le service, mais les points de contrôle se font plus rapidement. Une seule compagnie est autorisée à traverser la zone « tampon », il s’agit de la Jett. Quelques véhicules s’occupent du voyagement, vous aurez peut-être à attendre avant le prochain départ, ou attendre que le bus soit plein. La traversée est relativement courte. Nous avons eu à arrêter à un seul point de contrôle. Les gardes Jordaniens ne sont pas trop sévères avec les touristes qui partent. Il y a donc peu de problème rendu ici.

Coût de l’étape : 4 JD / personne + 1,30 JD / bagage

Étape 4 – Les douanes israéliennes

Ok, c’est ici que ça se corse. Notre expérience a été… désastreuse! Allons savoir pourquoi, mais nous avons eu beaucoup de difficultés à passer ces douanes. Question de malchance, on ne le sait pas. Nous savons, du moins, que les deux autres touristes canadiens qui étaient avec nous dans la navette ont franchi les douanes sans aucun problème et dans le temps de le dire.

On nous avait prévenus : passer les douanes israéliennes peut être une expérience périlleuse. Soyez patients et surtout soyez des plus sympathiques avec les douaniers. Et pourtant, malgré nos sourires, nos bouilles amicales et nos passeports canadiens, nous avons passé par le chemin « long ». Dès la sortie de l’autobus, de jeunes gardes armés nous ont demandé de présenter nos passeports. Ça augurait mal. On nous a pris nos sacs. Ils les ont amené ailleurs, pour les fouiller j’imagine (mais rien n’avait bougé dans mon sac). Je ne savais pas ce qui se passait, personne ne voulait me répondre. On m’a dit de m’assoir et d’attendre. L’ambiance qui règne à cet instant est cacophonique. Digne d’une situation post catastrophe. Les gens sont paniqués, on nous demande d’aller dans un coin et de la fermer. On ne sait rien.

Cet épisode a duré au moins 30 minutes, une demi-heure sans que je sache si j’allais revoir ma valise. Entre temps, mon bouc s’est fait interroger sur les raisons de son voyage, sa vie, son travail et son avenir. Ils voulaient savoir « qui il était ». On nous a ensuite demandé de nous diriger vers une sortie différente des voyageurs « normaux », où on a encore eu à répondre à des milliers de questions, quels étaient nos vrais noms, les noms de nos pères et grands-pères.

Vient ensuite la fameuse question : voulez-vous avoir le poinçon d’Israël dans votre passeport? Je le voulais, mon bouc non. Cela a encore suscité des questionnements. (Pour ceux qui ne sauraient pas, il règne un stigma autour du tampon israélien étant donné la situation politique difficile du pays avec ses voisins arabes. À titre d’exemple, si votre passeport contient la « marque », vous ne pourrez entrer dans certains pays de la Ligue Arabe : Iran, Iraq, Lybie, Arabie-Saoudite, Syrie. Toutefois, il est mentionné que cela ne devrait causer aucun autre problème dans le reste du monde. Mais encore là, on n’est pas sûr. De là l’intérêt de certains globetrotters d’éviter d’étamper leur passeport. Ils demandent alors d’apposer le timbre sur une feuille séparée afin de pouvoir voyager sans avoir à faire face à aucune mauvaise surprise).

Donc, après 1 h d’attente dans la salle où tous les autres supposés terroristes patientaient, après deux autres interrogatoires de deux autres douanières, nous avons enfin pu entrer officiellement en Israël. Yeah! À ce moment précis, on aurait préféré reprendre un vol direct vers Montréal, mais on a continué notre périple même si le reste du séjour s’annonçait éprouvant…

L’étape des douanes a dû durer 3-4 h en tout et a causé pour environ 1000 $ de dommage dans nos bagages. Oui, c’était une expérience des plus pénibles que je ne voudrais jamais revivre!

Comment vous pourriez vous éviter ces problèmes? Difficile à dire. Quelques trucs faciliteraient sûrement le passage, par exemple réserver à l’avance votre hébergement au pays, présenter dès le départ votre billet d’avion de retour pour le Canada, éviter d’apporter tout souvenir jordanien avec vous… Que sais-je? J’imagine qu’il faut paraître le plus touriste possible. Mais j’imagine aussi qu’il y a également une bonne dose de chances là-dedans. Il faut se rappeler qu’il s’agit d’une zone géopolitique sensible. Ces gens connaissent tous quelqu’un qui a été victime des guerres et ça laisse des empreintes indélébiles. Selon moi, il faut s’attendre à ce genre de traitement. Même si ça va à l’encontre de toutes les règles d’or d’un bon service à la clientèle!

Étape 5 – Se rendre à Jérusalem

À la sortie du bâtiment, des sheruts (autobus partagés) attendent d’être pleins avant de quitter. Procurez-vous un billet et essayez-vous bien confortablement. Le pire est passé! Le trajet ne durera que quelques kilomètres. L’autobus vous déposera près des Portes Damascus, point de départ de votre visite à Jérusalem.

Coût de l’étape : 20 JD

Crédit photo : Julie St-Pierre

Bien sûr, vous devez payer à nouveau les transports lors de votre retour, en plus de la taxe de sortie d’Israël qui est d’environ 50 $ !

Petit conseil, informez-vous dès l’arrivée à Jérusalem de l’endroit pour reprendre le sherut vers la frontière. La petite station est difficile à trouver. Elle se trouve dans le quartier musulman. À noter également que du bord israélien, le pont ne s’appelle pas King Hussein mais Allenby Bridge.

Crédit photo : Julie St-Pierre

Donc, il vous aura coûté 130 $ chacun pour seulement effectuer le voyage entre les deux villes. Et c’est sans compter vos dépenses en Israël pour la nourriture et l’hébergement, où les prix sont beaucoup plus dispendieux qu’en Jordanie.

Cela dit, est-ce que Jérusalem vaut la peine malgré tous ces désagréments? La réponse est OUI! C’est une ville magnifique, surprenante et marquante. J’aurai sûrement l’occasion de vous en parler dans un prochain billet.

Bon voyage !

Marie-Chèvre

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