Lettre à ma Mimi

En ce début de semaine, j’ai décidé de partager avec vous l’hommage que j’ai rendu à ma grand-maman maternelle lors de ses funérailles, vendredi dernier.  Chacune à leur manière, ses trois petites-filles dont moi, la plus jeune, ont souligné les qualités de la femme qu’elle était : vive, chaleureuse et unique. 

Allô Mimi, c’est la p’tite Joséphine. Comment ça se passe dans ton nouveau royaume, en haut? T’es sûrement en train de grignoter un carré de chocolat Lindt et de te coller contre ton vieux chialeux.

Je m’ennuie déjà de toi. Quand tu es partie le 2 juillet dernier, c’est comme une page de ma vie qui s’est tournée. Papi et toi n’êtes plus là maintenant. C’est peut-être normal de perdre ses grands-parents, mais, pour notre famille, les piliers sont maintenant partis.

J’ai eu le privilège de te connaître. Ce n’est pas tout les petits-enfants qui peuvent se vanter d’avoir eu une grand-mère cool comme toi. Je suis certaine que tout le monde réuni ici s’entend pour dire que tu étais unique.

Tu étais comme une rose, ta fleur préférée. Douce, délicate et romantique. Petite, je voulais te ressembler. Ta coquetterie m’est très tôt tombée dans l’oeil. Tes ensembles colorés, tes chapeaux spéciaux comme le casque de pompier et la bombe d’équitation, tes bijoux, tes ongles, tout était impeccable et soigné.

Tu me faisais halluciner avec tes boîtes identifiées pour chaque chose, tes chapeaux rangés dans des boîtes individuelles rose pâle, tes rubans classés par couleur. On se serait crû au Palais de Versailles d’Ottawa tellement tout était bon chic bon genre et (trop) bien organisé.

Par-dessus le marché, tu souriais tout le temps et t’étais ultra patiente, certains membres de la famille n’ayant pas hérité de cette qualité!

Ton appartement au Rio Vista était comme une grande maison de poupée à mes yeux de petite fille. J’adorais le mini-bar cylindrique sur roulettes dans le salon, la lampe rose qui scintillait à l’entrée et surtout, la tapisserie du corridor en velours qui me faisait penser à un décor de buffet chinois luxueux. La chambre d’invités jaune et bleue était aussi un havre de paix et de beauté.

Te rappelles-tu comment tu t’es bien occupée de moi dans cette petite chambre-là? Quand j’avais 6 ou 7 ans, Papi venait me chercher au Lycée Claudel quand j’étais malade. Toi, tu m’installais dans le petit lit avec des couvertures et tu déposais une clochette à côté de moi. Mon Dieu que je l’ai faite sonner! Service with a smile que tu me disais toujours en arrivant, souriante et remplie de douceur. Je dois t’avouer que je n’ai pas toujours été malade. Tout prétexte était bon pour se faire servir en sonnant la clochette de Mimi Paulette!

J’ai aussi eu un coup de foudre pour ta décapotable blanche. Déjà petite, je me voyais au volant du bolide, bon le bolide, c’est un peu fort, on parle d’une Firefly 4 cylindres de Pontiac avec un moteur de tondeuse. Et bien, tu me l’as offerte quand j’avais 17 ans, belle comme un sou neuf avec la médaille de St-Christophe que ta mère Lucienne avait fait bénir par le pape en personne.

Pour moi, c’était plus qu’une petite auto de Barbie. C’était la fierté de dire que ma grand-mère m’avait donné sa voiture, ma première voiture.

Quand je suis partie à Montréal en 2000, la maladie commençait à s’emparer de toi. Je venais te voir souvent pendant l’été et lorsque je revenais les fins de semaine. J’aimais ta présence, je trouvais ça l’fun d’aller visiter mes grands-parents au Rideau Place, leur nouveau foyer au bord de l’eau.

Je me rappellerai toujours de ton visage qui s’illuminait et de ta joie de vivre lorsque j’arrivais pour une visite improvisée.

Autour d’un verre de vin ou d’un sherry et parfois d’une cigarette, on pouvait parler de tout.

Te souviens-tu des conversations sur ta jeunesse? On jasait de de ta mère assez flyée pour l’époque, de ton père dont tu étais très proche.

Tu me parlais aussi de tes anciens chums, dont Herbert Nault qui t’avait offert rien de moins qu’un chien, des techniques de cruisage, de ton histoire d’amour avec Papi Guy que j’appelais Guy the Wise Guy. Surtout wise de t’avoir mis le grappin dessus avant les autres.

On parlait même des bouts de guénilles qui servaient de serviettes sanitaires à l’époque. En fait, on a épluché bien des sujets qui auraient sûrement fait friser les oreilles des mémères du Rideau Place!

On a bien ri dans la chambre 204. Je rodais mes imitations avec toi parce que t’étais un sacré bon public. J’entends ton rire en ce moment. Tu t’étouffais tellement tu riais. Faut dire que j’aimais bien me moquer de mes grands-parents aussi, toujours affectueusement.

Te rappelles-tu quand tu séparais tes Kleenex en deux? Je t’avais ordonnée de te gâter en prenant un mouchoir au complet dans la boîte.

Ta gourmandise et ton adoration pour le chocolat était un bon prétexte pour te jouer des tours. Combien de fois, je suis rentrée dans ta chambre en prenant une voix aigüe et en disant : Mrs Bonhomme, there’s a special ice cream cake delivery for you. Je t’ai jamais entendue te dépêcher comme ça pour sortir de ta salle de bains et t’apercevoir que tu t’étais faite avoir.

Tranquillement, tu parlais de moins en moins, le Parkinson prenant de plus en plus de place. Je devais faire le deuil de nos plaisanteries et de nos discussions. Un jour, je suis allée te voir au Centre de soins Montfort. Tu me regardais avec tes beaux yeux verts, mais la parole ne venait plus.

J’avais décidé de tester une manière de voir si tu avais oublié ou non les plaisirs de la vie. Je t’avais fait croire qu’une gang de gars tout nus se promenaient dans la cour. Tu t’es levée de ta chaise roulante comme une fusée en te dirigeant vers la fenêtre.

J’étais rassurée. Tu n’avais pas encore perdu toute ta tête.

Mimi, je salue encore une fois ton courage, ta force intérieure et la femme exemplaire que tu as été. Papi et toi serez toujours des modèles pour moi, pour nous.

Même si t’aimais pas trop ton nom et que t’appeler Pauline t’aurait fait plaisir, j’ai hâte de parler de Paulette Nadon Bonhomme à ma future progéniture.

Gros bisous Mimi Pau, je t’aime.

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2 réflexions sur “Lettre à ma Mimi

  1. Chère Chèvre-Laine,

    J’ai comme l’impression de connaître ta grand-mère à travers ce texte. C’est très touchant. Mes condoléances. xxx

  2. Ping : Chronique d’un matin gris | La Chèvrerie

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