Welcome en Ontario!

Le 1er juin 2011, j’ai amorcé un périple dont je ne connaissais pas la destinée. J’étais anxieuse. Pas vraiment du fait que j’aménageais avec mon nouveau copain et d’endurer quelques mois d’adaptation ou peut-être des chicanes sur la répartition des tâches. Non. J’étais anxieuse de déménager de l’autre côté de la rivière des Outaouais. De l’autre côté de la frontière du Québec. En Ontario. Pire, à Orléans, une petite localité isolée dans le nord-est d’Ottawa. Le bout du monde pour moi. J’allais désormais vivre sous un ciel anglophone, entourée d’une poignée de francophones, d’irréductibles Gaulois des temps modernes: les Franco-Ontariens. 

Petite conversation volée dans un autobus en revenant du travail.

——

Sandra : Ça fait pas de sens Cathy. Si Ron m’a pas buzzée encore sur mon cell, ya quelque chose de wrong qui est arrivé.

Cathy : No offense, mais je pense que tu t’énarves pour rien. By the way, tu me demandais pour les notes de bio l’autre jour, mais j’ai pas pu regarder pour encore.

Sandra : Ah, ok. Just a second, it’s him! He’s calling!  

Cathy: I told you, je savais que j’étais vraie là-dessus.

Sandra : Ok, faut que j’y aille. Je vais te manquer. On se voit la semaine prochaine.

Cathy : Ok, je vais te manquer aussi. Fais sûr de pas laisser Ron te jouer c’te fois-ci. Take care.

——

Au début, je ressentais les relents de l’Académie française en moi. Si la beauté d’une langue était matérielle, elle était écrabouillée, broyée, passée au mixeur, mélangée à quelques bouts d’anglais pour en faire une nouvelle langue : le franglais.

Puis, je me suis ressaisie. Je reproduisais ce qui les rebute tant : une Québécoise qui les snobe et qui, en missionnaire, essaie de leur apprendre à parler correctement le français. J’avais moi-même été dans leurs souliers, dix ans auparavant, alors que je vivais dans le Midi de la France.

J’ai donc commencé à percevoir la façon de parler des Franco-Ontariens comme une caractéristique propre à eux, un patois, de la même manière que les Acadiens ont le leur et que plusieurs Québécois, dans différentes régions du Québec, ont aussi le leur. J’ai aussi compris qu’en situation minoritaire, c’est un réel défi de maintenir sa langue maternelle. Si la conserver est difficile, la peaufiner devient illusoire. Cela est d’autant plus difficile quand on a affaire à un membre de la majorité qui, pris d’un élan de domination, veut nous assujettir à sa langue, car « Sorry, but I don’t speak
French ».

Droit à l’éducation. Droit à des soins de santé. Droit à des services gouvernementaux. Affichage commercial. Droit à un service de qualité égale. Droit de vivre dans la langue officielle de son choix. Les Franco-Ontariens se sont battus, se battent encore aujourd’hui, pour le respect de leurs droits fondamentaux, écrits sur papier. C’est le combat d’une minorité, autrefois majoritaire. S’ils arrêtent, c’est qu’ils reculent, car ils nagent sans cesse à contre-courant. Les chiffres le démontrent. Le taux d’assimilation augmente, d’année en année. Ils ne souhaitent qu’un gouvernement qui puisse comprendre leurs sensibilités. Comment avoir un certain poids politique, quand on est minoritaire?

Bref, j’ai compris certaines choses en vivant en Ontario : des droits que je croyais acquis ont disparu comme des voleurs; enfin, pas dans tous les cas, mais bien souvent! 

Je suis à l’épicerie:

—–

Caissière: Hi, how are you, do you need plastic bags?

Moi: Bien merci, euh, oui, deux ou trois.

Caissière: Avez-vous vu notre flyer avec les specials of the week?

Moi: Non, pourquoi donc?

Caissière: La dill est en spécial, pis tes co-combres aussi. D’autres herbages comme le cilantro aussi sont en spécial.

L’envie de pouffer de rire me prend, mais je me retiens quand même.

Caissière: Cassaaaandra, t’as pas taggé les chips à dill? Ok, Madame, vous pouvez payer, crédit ou débit?

—–

Chèvre-Tine

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