Souvenirs nippons

Un an presque jour pour jour après qu’un tsunami ait avalé une partie du nord-est du Japon, la vie a tranquillement repris son cours à 6 500 kilomètres d’ici.

Est-ce dû à la résilience de ce peuple confronté à une autre tragédie marquant son histoire? Je crois que oui, en grande partie. Les Japonais ont ce sens du calme et de l’harmonie qui les caractérisent depuis des millénaires. La Deuxième Guerre mondiale ne les ayant guère épargnés, les Nippons ont toujours gardé leur côté pacifiste empreint de courtoisie et de civisme face à la tempête. Et parfois, c’est ce qui me manque le plus de ce peuple énigmatique.

En mai 2010, j’ai eu la chance de m’envoler avec mon bouc vers le Japon. Nous voulions nous dépayser et surtout nous imprégner d’un mode de vie dans lequel chacun se voue un respect et une loyauté sans bornes. Après presque trois semaines à voyager de Tokyo à Hiroshima en passant par Kyoto, Nara, Takayama et le Mont Fuji, cette incursion au pays des samouraïs m’a convaincue que notre société nord-américaine avait encore des croûtes à manger en matière de politesse et de respect des autres.

Ayant à peine foulé le sol tokyoïte, j’étais déjà conquise! Propreté exemplaire — les toilettes du McDonald’s sont dignes de celles d’un Hilton —, calme dans les lieux publics — les Japonais s’envoient des messages textes dans les restaurants et dans les wagons de métro pour ne pas déranger les autres — et courtoisie non seulement avec les touristes, mais nettement marquée entre eux.

Les différents quartiers de cette mégapole ressemblent à des giga fourmilières : des milliers de personnes traversent les rues à l’unisson dans Shibuya, la station de métro Shinjuku abonde de Japonais, qui, même pressés d’attraper leur train qui passe à heure fixe et non une minute plus tard, n’oseraient pas bousculer ou couper quelqu’un faisant la file. Moi qui aie sermonné Marie-Chèvre et Isabêêê  d’avoir déjà fait du pouce, la Mamie-Chèvre en moi n’a eu aucun mal à grimper dans la voiture d’un couple qui proposait de nous conduire à la porte d’un resto perdu dans un dédale de rues escarpées du Mont Fuji.

Bref, être un gaijin (étranger en japonais) est une expérience complètement étourdissante qui est à des années-lumière des coups de coude dans le métro, du vandalisme dans les rues et des déchets qui débordent des poubelles montréalaises. Oui, nous aurions besoin d’une bonne dose de flegme japonais. 

Je m’ennuie de la bonté d’une vendeuse de baguettes rencontrée à Nara, de la simplicité désarmante de notre professeure de cuisine à Kyoto, du rire naïf de la tenancière du minshuku à Hiroshima, de la serviabilité des trois vieilles filles qui nous ont guidés du train vers notre hôtel à Takayama, de l’empressement d’une jeune femme à vouloir nous aider, même si, au bout d’une heure, nous avions finalement compris la structure du drôle de mille-pattes qu’est le métro de Tokyo.

Le lendemain du tsunami, mon bouc et moi nous faisions du souci pour toutes ces personnes marquantes rencontrées lors de nos vacances. En ouvrant mes courriels pour prendre de leurs nouvelles, l’une d’entre elles m’avait devancée : Dear Valentine, I am safe. Ryé from Hiroshima. Un an après notre rencontre, ce petit bout de femme avait pensé à moi. Loyauté exemplaire direz-vous.

Cet après-midi, une fuite de gaz a paralysé mon quartier le temps de quelques heures. Parmi le troupeau de badauds qui encerclait le trou béant creusé dans l’asphalte, une hurluberlue aux allures de boeuf Kobé réprimandait un policier en l’accusant presque d’être responsable de la situation. Pendant un instant, je me serais bien transformée en lutteur sumo pour lui enfoncer un tube d’oxygène japonais dans les narines…

Chèvre-Laine

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